| Une
bonne planification facilite la transmission
du flambeau
- Par Marie-Josée
Labrosse, Les Affaires, 11 octobre 2003,
p. 40.
Aucune
entreprise, ni aucun organisme ne peuvent
s'estimer à l'abri d'une crise de recrutement.
Dans quelques années, les offres pleuvront
sur certaines classes d'employés.
"Cela
aura nécessairement un effet boule de neige
qui entraînera une pénurie de main-d'oeuvre
dans des postes pour lesquels on n'aurait
jamais prévu de rareté", avance avec
conviction Serge Baron, associé de Groupe
conseil CFC, de Montréal.
Dans
ce contexte, seul un bon plan de relève
permettra d'aplanir les difficultés et de
faciliter la transition. De là l'importance
pour les gestionnaires d'avoir, au plus
tôt, une connaissance approfondie de la
vulnérabilité de leur organisation, et ce
qu'ils soient dirigeants, responsables du
recrutement ou chefs de l'exploitation.
Selon
les spécialistes du capital humain, une
analyse complète devrait d'abord tenir compte
des besoins actuels. Puis aussi de ceux
qui naîtront au cours des cinq ou dix années
à venir. Cet exercice peut être fait à l'interne.
Or, l'accompagnement par un consultant externe
est recommandé.
"Quand
on connaît bien son entreprise et son secteur
d'activité, on tient certaines connaissances
pour acquis. Des détails risquent de nous
échapper. Pourtant, ils peuvent faire la
réussite d'une transition. Le consultant
a une distance qui lui permet de se poser
des questions salutaires", indique
Soizic Claracq, responsable du marketing
chez Groupe Adecco Québec, une firme spécialisée
dans le recrutement et le placement.
Analyser
la situation
En
2002, à la demande d'un client du secteur
des ressources naturelles, Martine Deschamps,
de BC Ressources humaines, une société de
recrutement de cadres, a mis au point un
processus simple qui permet de mesurer l'écart
entre les besoins et la réalité. Par la
suite, il est plus facile d'entreprendre
les démarches nécessaires au redressement
de la situation.
"En
tout premier lieu, il importe de recenser
les postes actuels et de confirmer qu'ils
continueront d'exister dans quelques années.
Le cas échéant, les responsables de l'étude
se demanderont dans quelle mesure, et pour
quels motifs, il pourrait être difficile
de pourvoir à ces postes", explique
la spécialiste.
Cet
exercice d'analyse permettra de dresser
un tableau exhaustif de la vulnérabilité
de l'entreprise. Il fournira de précieux
renseignements sur le nombre de postes à
risque, les services les plus susceptibles
d'être affectés et le niveau de difficulté
avec lequel on devra composer pour soutenir
l'entreprise durant la transition.
Gérer
le risque ou agir
Une
fois cette étape complétée, la direction
aura en main des données précises et fiables.
Elle sera alors mise devant une alternative
: gérer le risque en ne prenant aucune mesure
particulière ou élaborer un plan d'action.
Chez
Iron Ore, par exemple, une société minière
qui a connu trois grandes vagues d'embauches
massives - la première en 1950, la deuxième
en 1975 et la troisième en 2000 -, on a
opté pour la gestion du risque. Au dire
de la direction, la transition s'est déroulée
sans trop de heurts. Il a fallu rappeler
ici et là quelques vétérans pour combler
des besoins ponctuels. Il faut noter cependant
que la société minière n'en était pas à
sa première expérience en la matière. La
transition de 2000 s'est déroulée dans un
contexte de ralentissement généralisé des
affaires.
Former,
recruter et garder ses vétérans
Ceux
qui opteront pour le plan d'action devront
se livrer à une seconde analyse tout aussi
importante que la première : l'évaluation
du potentiel humain de leur organisation.
"En termes clairs, les gestionnaires
devront se demander s'ils disposent à l'interne
de ressources qui ont le potentiel de répondre
aux besoins pour la prochaine décennie.
Avec ou sans formation d'appoint",
explique Mme Deschamps.
Une
fois que l'organisation aura clairement
déterminé les postes clés pour lesquels
elle risque de manquer de ressources qualifiées,
elle établira une stratégie de recrutement.
Elle pourra ainsi combler l'écart anticipé.
Plusieurs
solutions sont envisageables. Elles présentent
toutes leur lot d'avantages et d'inconvénients.
Parmi celles-ci, notons la formation et
la rétention des ressources internes, le
recrutement à l'externe sur les campus ou
sur le marché du travail, le report des
mises à la retraite des vétérans et la recherche
de candidats étrangers.
Il
n'existe pas de solution toute faite. Pour
maximiser ses chances de succès, il faudra
bien évaluer le potentiel de chacun de ces
modes de recrutement. L'entreprise tiendra
compte des particularités et des valeurs
propres à son organisation. Elle optera
pour les moyens qui donneront accès à un
large bassin de main-d'oeuvre au meilleur
coût.
"Par
exemple, une entreprise peut retarder le
départ de bons vétérans. Elle voudra sans
doute former sa relève à l'interne en jumelant
les jeunes à des travailleurs expérimentés.
Une autre qui évolue dans un secteur technologique
aura tendance à recruter sur les campus
une main-oeuvre rompue aux dernières innovations",
conclut Mme Claracq.
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Une
article paru sur la planification
de la relève en entreprise. |