|
Le
duo Communication-Formation en scène pour
un développement organisationnel bien orchestré.
- Par Martine Deschamps,
M. Sc., CRHA et Johanne Landry, CRHA
Qui
dit développement organisationnel dit formation,
communication, structure, nouveaux marchés…
Mais finalement, quels sont les éléments
du développement organisationnel? Cette
question semble incongrue tellement on a
lu sur le sujet. Pourtant, doutant de notre
compréhension de ce qu'est le développement
organisationnel, nous avons choisi d'explorer
la question en consultant quelques cadres
supérieurs et gestionnaires d'entreprises
québécoises. Comme on s'y attendait, oui,
le développement organisationnel est associé
à la gestion du changement. Une fois clarifiée
la définition et les composantes, nous avons
pu constater que deux fonctions essentielles
devaient s'unir pour assurer un développement
organisationnel harmonieux et durable: le
duo communication-formation.
La
mondialisation (encore celle-là!) et la
concurrence accrue ont bien souvent forcé
les organisations à repenser leur futur
et à se réorienter. Résultats: fusions et
acquisitions, restructurations administratives,
reconfiguration des processus et réorganisation
du travail, réductions d'effectifs et implantation
de nouvelles technologies, démarches ayant
toutes un impact majeur sur les ressources
humaines de l'entreprise. Au cours des années
1990 à 2000, les services de formation et
des ressources humaines ont dû évoluer vers
un rôle stratégique et non plus simplement
transactionnel.
Qu'en
est-il présentement? Ce rôle stratégique
est-il bien joué et bien accueilli dans
les organisations? Ou plus simplement, est-il
bien connu et reconnu? Quelles sont les
attentes des clients internes à l'égard
de ces partenaires stratégiques?
Notre
objectif, dans cet article, est de susciter
le questionnement et la réflexion chez le
lecteur plutôt que de donner des recettes
toutes faites.
Vous avez dit développement
organisationnel…
Lorraine
Gauthier, chef, ressources humaines – distribution
chez Hydro-Québec, définit le développement
organisationnel comme « la volonté d'assurer
la croissance d'une organisation de façon
à ce qu'elle concrétise sa vision ou qu'elle
l'atteigne malgré les aléas. Cette volonté
se traduira ensuite par des réflexes de
gestion individuels et collectifs ».
Pour
Annie Corriveau, CRIA, conseillère – planification
et développement de la main-d'œuvre chez
Hydro-Québec Équipement, il s'agit d'une
« démarche qui vise à planifier, organiser,
diriger et évaluer l'opérationnalisation
d'un changement – qu'il soit à petite ou
à grande échelle –, et ce, afin d'augmenter
la performance et la santé de l'organisation
».
De
son côté, Guylaine Désautels, CRHA, directrice,
ressources humaines chez Transat Tours Canada,
le voit comme une « spécialité en ressources
humaines qui se veut beaucoup plus large
que le seul développement des individus
et dont l'objectif est de réviser et de
concevoir des outils, des politiques et
des pratiques, de façon à faire grandir
les individus et, de ce fait, l'organisation
».
Guy Marier, président retraité de Bell Québec,
affirme pour sa part : « Je n'ai jamais
pensé en termes de développement organisationnel,
mais beaucoup plus en termes de formation-équipe-évaluation-relève;
ces quatre éléments sont les clés de l'évolution
de l'entreprise vers l'atteinte des objectifs
et de la vision. Le développement de l'organisation
ou les changements sont plutôt mus par l'organisation
des marchés: par produits, géographiques
ou par niche de clients. » Nous passons
trop de temps à évaluer l'individu et pas
assez l'équipe selon lui. C'est par le travail
d'équipe qu'une organisation se développe
et réalise sa vision.
Dans
cet esprit, les différentes fonctions de
gestion des ressources humaines – sélection
et dotation, relations du travail, formation…
– ne doivent-elles pas de plus en plus harmoniser
leurs actions, élaborer des outils intégrateurs?
Ceci nous propose une piste de réflexion:
le développement organisationnel devrait-il
passer en premier par le développement des
équipes?
Tous
s'entendent pour dire que :
• l'humain est au
cœur de tout changement, puisque c'est lui
qui doit l'articuler, le digérer et l'appliquer
en ayant constamment en tête la vision;
• la poursuite d'une
vision, se traduisant par des objectifs
et des plans d'action concrets, oriente
le développement des ressources.
La
littérature consultée converge vers une
définition du développement organisationnel
axée sur les individus qui composent une
organisation, plus précisément sur la modification
de leurs attitudes, perceptions et comportements
afin d'améliorer l'efficacité organisationnelle.
Nous nous permettons
donc d'affirmer que le développement organisationnel
est plus humain que structurel.
Le
duo communication-formation
Dans
une démarche de développement organisationnel,
quelles sont les activités de la gestion
des ressources humaines qui sont le plus
mises à contribution? Question de cohérence,
toutes doivent l'être pour opérationnaliser
ou soutenir le changement. Cependant, ce
sont la communication et la formation qui
s'articulent dès les premières étapes d'une
situation de développement organisationnel.
Les autres activités de gestion des ressources
humaines viendront soutenir le changement
dans la vie quotidienne des individus au
travail. Pensons à la dotation, à la rémunération
et à l'évaluation du rendement, pour n'en
nommer que quelques-unes.
Indissociables,
la communication et la formation forment
donc le duo de l'heure.
Joseph
Anstett, CRHA, écrivait dans le magazine
Effectif (vol. 4, n° 2):
«
Pour naviguer avec succès à travers le changement
organisationnel, les employés ont besoin
:
«
de structure : des stratégies qui servent
à mettre en place des systèmes et des nouvelles
façons de procéder pour traverser efficacement
la période de transition (par exemple, politiques,
marches à suivre, descriptions de tâches,
directives claires);
«
d'information : des données, des faits,
conseils, nouvelles, trucs et autres connaissances
qu'ils peuvent mettre en application pour
naviguer dans le quotidien et vers l'avenir;
«
du soutien : un climat de compréhension,
d'appui et de soutien ainsi qu'un milieu
attentif pour leur permettre de franchir
en toute sécurité la période de transition.
» (Voir tableau)

Comment cela va se
traduire concrètement?
Développement
organisationnel et communication
Pour Annie Corriveau, la stratégie de communication
qui doit être mise en place inclut des activités
tout au long du processus de changement,
pas juste au début et à la fin. Si on promet
de tenir les employés informés tout au long
de cette aventure de changement, on doit
le faire. Elle ajoute que communiquer, c'est
aussi écouter. Les commentaires, plaintes
ou questions des individus qui vivent le
changement sont une source très importante
de renseignements de grande valeur. Ces
gens savent de quoi ils parlent! Leur anticipation
est bien souvent tout à fait justifiée et
réaliste.
La
communication sera faite par des représentants
crédibles et influents, c'est-à-dire des
alliés qui connaissent bien le travail des
individus qui vivront le changement.
Développement
organisationnel et formation
Les professionnels de la formation ne sont
ni plus ni moins que les initiateurs et
gardiens de plusieurs moyens pour soutenir
et développer les individus. Ils ont un
rôle de vigie sur ce qui se fait de bien
dans les services de l'organisation ou à
l'externe pour en faire bénéficier d'autres
unités; ils identifient les pratiques émergentes,
les documentent pour en faciliter la compréhension
et les adaptent à leur organisation. Nous
comprenons qu'ils doivent s'allier à leurs
collègues des autres sphères d'activité
de la gestion des ressources humaines afin
d'aligner et de synchroniser leurs outils
et actions.
Sans
équivoque, la formation est d'une importance
capitale dans la réussite du projet de développement
organisationnel. Lorraine Gauthier souligne
que « les responsables de la formation chez
Hydro-Québec siègent régulièrement aux tables
de coordination de changement. Par ailleurs,
la formation doit être donnée à des moments
judicieux de l'implantation d'un changement
(juste assez, juste à temps) et suivie d'actions
de renforcement, par exemple l'assistance
de super-utilisateurs sur le plancher. »
Selon
Annie Corriveau, « les activités de formation
interviennent après les étapes de la prise
de conscience de la nécessité d'un changement
et de son acceptation et sont suivies d'une
période d'intégration des nouvelles habiletés,
connaissances ou attitudes. »
On nous a rapporté que, lors de l'implantation
d'une démarche d'amélioration continue,
on a choisi de mettre l'accent d'abord sur
la connaissance de soi et des autres et
sur l'acquisition d'attitudes favorables
au travail en équipe, avant de former les
employés sur les outils, les processus et
les habiletés individuelles. Plutôt que
de se sentir seul dans le changement, chaque
individu a découvert la force de l'équipe,
ce qui a facilité la mobilisation et la
transition vers le changement.
Plutôt
que de suivre le schéma classique qui consiste
à développer le savoir, le savoir-faire
et ensuite le savoir-être, il est selon
nous préférable, dans bien des cas, d'investir
dans le savoir-être en premier lieu.
Le
rôle du service de la formation en développement
organisationnel
Les
gestionnaires consultés voient les professionnels
du service de la formation comme des partenaires
accompagnateurs dans le développement de
leurs ressources pour faire face à l'évolution
de l'entreprise. Ce partenaire permet au
gestionnaire de prendre du recul, l'aide
à faire une lecture (diagnostic) de la situation,
le fait réfléchir sur les opportunités pour
lui et son équipe, lui fait voir la situation
sous un autre angle; il peut élaborer un
plan structuré et ajusté aux besoins actuels
et futurs du gestionnaire, partager avec
lui les solutions transférables expérimentées
ailleurs.
Les
gens de la formation ont un rôle essentiel
dans le succès de tout projet de développement:
poursuite d'une vision, implantation ou
changement technologique, réorganisation
du travail etc. Leur présence est donc requise
dès le début de la réflexion et des travaux.
« On les voit d'office comme l'élément intégrateur,
dit Sylvie Bélanger, chef – relève de compteurs
– Richelieu chez Hydro-Québec, ils pourront
aligner les actions des différents partenaires
dans le projet. » Agathe Simard, directrice
régionale – Richelieu et directrice Service
à la clientèle chez Hydro-Québec, propose
« d'admettre qu'ils soient observateurs
un bout de temps, avant de nous accompagner
dans l'action; nous avons souvent trop d'attentes
envers les gens de la formation dès le départ;
soyons conscients qu'il leur faut une certaine
quantité d'information avant de pouvoir
produire quelque chose ». Que ce soit pour
élaborer un plan structuré, une stratégie
de formation ou un contenu de formation,
le professionnel doit avoir suffisamment
d'information pertinente pour cibler les
réels besoins et y répondre adéquatement.
La
formation : outil privilégié dans la concrétisation
de lamission de l'organisation
Fait
intéressant: les personnes consultées sont
unanimes à souligner que la formation, bien
qu'importante en situation de changement,
l'est aussi en tout temps pour maintenir
un niveau de compétences et de comportements
en lien avec la mission et la vision de
l'organisation.
Comme
le souligne très justement Guylaine Désautels,
c'est à partir du moment où cette mission
est comprise par les individus (via la communication)
qu'ils peuvent savoir comment la concrétiser
dans leur quotidien. « Dès qu'on parle du
comment, on parle nécessairement de comportements
et de compétences. » Un service de formation
doit donc s'assurer que ses objectifs appuient
les objectifs stratégiques de l'organisation
(qui découlent de la mission et de la vision)
et les décomposer en actions concrètes.
« On ne doit pas former pour former, mais
bien avoir un plan structuré de façon à
ce que les formations offertes soient interreliées
et aboutissent à un objectif précis », dit-elle.
Encore une fois, un exemple où les activités
de communication prépareront le terrain
aux activités de formation, tout comme en
situation de développement organisationnel.
«
La formation doit devenir une question de
culture comme la finance, les opérations
et le marketing », affirme Guy Marier. On
ne met que très rarement en péril les services
de marketing et de finances, puisqu'ils
sont considérés comme des « services essentiels
» ou des « institutions obligatoires » dans
l'organisation. Un service de formation
est souvent remis en question et devient
un des premiers services « restructurés
» au profit des services opérationnels ou
dits « essentiels ». Le service de la formation
doit se classer au même rang que ces autres
disciplines et démontrer sa valeur. Mais
comment y parvenir?
Les
habiletés exigées des professionnels de
la formation
Le
service de la formation doit donc développer
ses habiletés d'affaires pour parler le
même langage que ses clients « opérationnels
»: leur faire voir, connaître et comprendre
les impacts des changements sur les opérations
quotidiennes de l'individu, de l'équipe,
du service et de l'organisation. Il sortira
donc de ses bureaux pour vivre avec ses
clients le plus possible afin de bien saisir
leurs enjeux.
« Ça prend des gens qui sont à l'écoute
des besoins des individus, qui ne cherchent
pas à imposer leurs idées ou façons de faire,
avance Guylaine Desautels. Ils ne doivent
pas perdre de vue que ce n'est pas “leur”
projet ou programme qu'ils vont implanter,
mais bien celui de leur client. »
Les
gestionnaires veulent des outils de gestion
des ressources humaines et moyens de formation
sur mesure et adaptés aux différentes réalités,
c'est là un défi important pour les gens
de la formation. Un autre défi se situe
autour de la mesure: quels sont les dollars
investis? Pour quelle formation? Pourquoi
cette formation? Les gestionnaires ont besoin
de savoir s'ils investissent leurs dollars
dans les bonnes activités. L'aspect technologique
prend de l'ampleur et est l'une des clés
de l'efficacité des services de formation:
concevoir un système flexible pour intégrer
rapidement les nouvelles compétences requises,
donner les informations de gestion pertinentes
aux gestionnaires, rendre accessible les
contenus de formation, etc.
Proposer
des scénarios du futur en lien avec les
tendances et la vision, ne jamais tenir
pour acquis ou accepter le statu quo, voilà
ce qu'on exige de plus en plus des professionnels
de la gestion des ressources humaines et
de la formation. S'attarder davantage sur
les processus et les façons de faire uniformes,
mais flexibles que sur les contenus qui,
eux, seront très dynamiques. Par exemple,
la façon de concevoir des profils de compétence
ou d'élaborer un plan de formation sera
éprouvée et uniformisée dans l'organisation,
alors que le contenu différera d'un service
à l'autre et d'un poste à l'autre.
La
crédibilité demeure un atout pour ce professionnel,
puisqu'il a un rôle d'influence majeur dans
tout changement organisationnel. Les gens
veulent trouver un appui, une sécurité (autrement
dit une stabilité dans la mouvance).
En
conclusion, le duo communication-formation
joue un rôle fort important dans le succès
de l'implantation d'un changement, dans
le maintien de certaines compétences et
dans la canalisation d'efforts de développement
qui soutiennent la mission d'une organisation
et l'atteinte d'une vision.
Bien
que la clientèle des individus vivant intensément
une situation de changement soit de grande
importance pour les professionnels du service
de la formation, n'oublions pas la clientèle
des gestionnaires devant informer et appuyer
les membres de leur équipe.
Puisque
le duo communication-formation est un incontournable,
le défi n'est-il pas de développer des gestionnaires
habiles en communication et en développement
des personnes? Devant ce fait, pourquoi
ne pas évaluer les gestionnaires sur les
activités de communication (le nombre et
la pertinence des rencontres avec leur équipe
par exemple) et de développement (ont-ils
établi des plans de formation individuels
et d'équipe, quelle formation a été suivie
et pourquoi)? Pourquoi ne pas les évaluer
sur ces aspects comme on le fait pour l'atteinte
de ratios ou d'objectifs de vente ou encore
le respect de ses budgets?
On
demandait en introduction si le rôle stratégique
des professionnels de la formation est bien
joué et bien accueilli dans les organisations?
Il est rassurant de constater que la formation
joue un rôle essentiel et non pas accessoire,
pour les gestionnaires consultés. Et son
rôle stratégique sera reconnu dans la mesure
où les professionnels de la formation adopteront
des comportements de stratèges et de partenaires,
qu'ils faciliteront le succès des individus,
des équipes et de l'organisation, rien de
moins!
Martine
Deschamps, M. Sc., CRHA est conseillère,
Syneraction Ressources Humaines
et Johanne Landry, CRHA
est consultante, gestion et développement
organisationnel chez Johanne landry, Services
Conseils
Source
: Effectif, volume 8, numéro 1, janvier
/ février / mars 2005

Une
publication de l'Ordre des CRHA et CRIA
du Québec

|